
Friendly Nations Visa : ce que le Panama attend vraiment d'un Français
La France est éligible. Mais depuis la réforme de 2021, l'inscription d'une société au Registro Público ne suffit plus : il faut prouver un lien économique réel avec le pays. C'est exactement là que la plupart des dossiers français calent.
Le Friendly Nations Visa, ou visa des pays amis, a longtemps été la porte d'entrée la plus commode vers la résidence panaméenne. Une société montée en une semaine, un compte ouvert dans la foulée, et le dossier passait. Cette époque est terminée. Le texte applicable aujourd'hui a rebattu les cartes en ajoutant une exigence que les cabinets résument mal : le demandeur doit rattacher sa demande à un motif économique identifiable et vérifiable au Panama, et non plus à une intention d'y faire des affaires.
Pour un Français, cela change la nature du travail préparatoire. La question n'est plus de savoir si l'on remplit un formulaire, mais lequel des trois motifs prévus on est capable de documenter sans le fabriquer. Cette page compare ces motifs sur leur robustesse face au Servicio Nacional de Migración et sur le temps réel de montage, pas sur le montant affiché. Si vous en êtes encore à choisir entre les différents titres de séjour panaméens, la page qui oriente selon le profil est un meilleur point de départ.
La France est éligible, et voici pourquoi il faut quand même le faire confirmer
La France figure bien parmi les pays amis retenus par le Panama, au même titre que la plupart des États d'Europe de l'Ouest. Un ressortissant français peut donc déposer une demande au titre de ce programme, sans passer par les catégories plus lourdes réservées aux autres nationalités.
Reste une nuance que personne ne mentionne. La fiche de conditions publiée par Migración pour cette catégorie ne contient pas la liste des pays. Celle-ci vit en annexe du décret, et cette annexe n'est pas consultable en accès libre. Les listes que l'on trouve en ligne, y compris les plus détaillées, proviennent de cabinets d'avocats panaméens, sur des pages qui ne portent pas de date de mise à jour.
Concrètement, cela ne remet pas en cause l'éligibilité française, largement documentée et jamais contestée. Cela impose seulement une précaution de bon sens : demander à l'avocat qui montera le dossier une confirmation écrite de l'éligibilité, avec la référence du texte en vigueur au moment du dépôt, avant d'engager un virement ou de signer une promesse de vente. Une liste de pays est un objet politique, elle se modifie par décret.
De la société coquille au lien économique réel
Une intention suffisait
- Immatriculation d'une société panaméenne comme motif principal, sans activité derrière.
- Compte bancaire ouvert avec un dépôt modeste, essentiellement pour la forme.
- Résidence permanente accordée directement, sans période probatoire.
- Dossier montable à distance, presque sans engagement financier.
Un motif économique documenté
- Trois motifs limitatifs : emploi local, immobilier à 200 000 USD, dépôt à terme à 200 000 USD.
- Chaque motif s'appuie sur une pièce vérifiable : registre du travail, titre foncier, certificat bancaire.
- Résidence provisoire de deux ans, puis demande de permanence.
- Présence au Panama nécessaire à plusieurs étapes, et argent réellement immobilisé.
Cette bascule explique la plupart des refus rencontrés par les candidats français. Beaucoup arrivent avec le schéma de l'ancien dispositif en tête, souvent transmis par des contenus en ligne jamais mis à jour, et découvrent au moment du dépôt que la pièce centrale de leur dossier ne prouve rien aux yeux de l'administration. La difficulté porte rarement sur le montant. Elle porte sur la traçabilité de la pièce qui soutient le dossier.

Trois motifs économiques, comparés sur leur robustesse
Les comparatifs habituels alignent les trois voies sur leur seuil, ce qui n'apprend rien puisque deux d'entre elles réclament le même montant. La question utile est ailleurs : sur quelle pièce le dossier repose-t-il, et que devient-il si cette pièce se dérobe.
| Motif | Capital exigé | Délai de montage | Robustesse devant Migración |
|---|---|---|---|
| Contrat de travail local | Aucun seuil de capital | Le plus long, il dépend d'un tiers | Solide si l'employeur suit, nul s'il lâche |
| Investissement immobilier | 200 000 USD | Le temps d'une transaction immobilière | La plus lisible pour Migración |
| Dépôt à terme sur 3 ans | 200 000 USD | Le plus rapide une fois le compte ouvert | Bonne, à condition d'ouvrir le compte |
Le contrat de travail local, solide sur le papier, dépendant d'un tiers
Cette voie repose sur un contrat conclu avec une entreprise inscrite au Registro Público, assorti d'une demande de permis de travail déposée au MITRADEL, le ministère du Travail. Le dossier migratoire et le dossier de travail avancent alors en parallèle, ce qui fait sa force : deux services distincts valident alors la même réalité économique.
Sa faiblesse est structurelle. Le demandeur ne maîtrise rien. Il dépend d'un employeur qui doit produire ses propres pièces, respecter les quotas d'étrangers imposés au marché du travail panaméen, et rester engagé pendant toute la durée de l'instruction. Un employeur qui se rétracte fait tomber le motif, et le dossier avec. Un Français qui n'a pas déjà une offre ferme en main n'a donc aucune prise sur ce motif.
L'investissement immobilier de 200 000 USD, la voie la plus lisible
C'est le motif à privilégier par défaut pour un Français, non pas parce qu'il est le moins cher, mais parce qu'il est le plus difficile à contester. Un bien titré inscrit au Registro Público est une pièce publique, opposable, datée, qui ne dépend d'aucune décision discrétionnaire. L'agent qui instruit le dossier lit un titre, pas une promesse.

Le point souvent ignoré est que le financement bancaire local est admis: le bien doit atteindre le seuil, la totalité de la somme n'a pas à sortir de votre poche en une fois. En contrepartie, deux vigilances. La première tient au type de propriété : le droit de possession, encore répandu hors des villes, ne constitue pas un titre et ne qualifie pas. La seconde tient à l'origine des fonds, que les banques panaméennes examinent aujourd'hui avec une minutie que peu de candidats anticipent. Le sujet est traité en détail dans le guide sur l'achat d'un bien titré au Panama.
Le dépôt à terme de 200 000 USD, simple à comprendre, long à débloquer
La troisième voie consiste à placer 200 000 USD en dépôt à terme dans une banque panaméenne, sur trois ans, sans nantissement ni gage. Beaucoup de sources francophones évoquent cinq ans, ce qui n'est pas ce que porte la fiche officielle. La différence n'est pas anecdotique quand il s'agit d'immobiliser un capital.
Sur le fond, c'est la voie la plus propre : un certificat de dépôt est une pièce bancaire, claire et vérifiable. Sur la forme, elle bute sur un obstacle que personne ne mentionne dans les brochures. Le vrai goulot d'étranglement n'est pas le placement, c'est l'ouverture du compte panaméen qui le précède, souvent longue pour un non-résident et parfois refusée sans motivation. Tant que le compte n'est pas ouvert, ce motif n'existe que sur le papier.
La société panaméenne, motif le plus risqué sans activité derrière
Créer une Sociedad Anónima reste rapide et peu coûteux, et c'est précisément ce qui en fait un piège. Beaucoup de candidats français raisonnent encore ainsi : je monte la société, je m'emploie moi-même, j'obtiens le visa. Sur le papier, l'enchaînement paraît logique. Devant Migración, il ne prouve rien tant que la société n'a ni chiffre d'affaires, ni salarié déclaré, ni flux bancaires cohérents.

Une société vide n'est pas un motif économique, c'est une intention. Elle peut servir de véhicule à un motif, en portant par exemple un emploi réellement exercé, mais elle ne se substitue jamais à la preuve. Le raccourci qui consiste à s'auto-employer dans sa propre coquille est aujourd'hui le scénario de refus le plus banal, et le plus coûteux, parce qu'il se découvre après avoir payé la constitution, la domiciliation et l'agent résident.
Une confusion fréquente pour finir : la fiscalité panaméenne ne pèse rien dans un dossier migratoire. Le principe de territorialité de l'impôt concerne ce que vous devrez déclarer une fois résident, il n'a aucune incidence sur l'examen de votre dossier de visa. Deux administrations, deux calendriers.
Deux ans de provisoire, puis la permanence
Le Friendly Nations n'ouvre pas directement la résidence permanente. Il faut raisonner en deux temps, ce qui a une conséquence pratique importante : le motif économique doit tenir sur toute la durée de la période provisoire, pas seulement le jour du dépôt.
Un Français entre au Panama sans visa et peut y séjourner 90 jours en qualité de touriste, ce que beaucoup intègrent mal dans leur calendrier. Ce créneau sert à faire les repérages, rencontrer l'avocat, ouvrir le compte et, le cas échéant, visiter des biens. Il ne suffit pas, en revanche, à boucler un dossier complet si les apostilles n'ont pas été demandées en France avant le départ. Les candidats qui s'en sortent le mieux préparent la chaîne documentaire depuis la France, puis utilisent le séjour touristique pour les démarches qui exigent une présence physique.
Dépôt et résidence provisoire
Le dossier se dépose par un avocat panaméen, avec le motif économique documenté, le casier judiciaire apostillé, les actes d'état civil traduits et les deux chèques certifiés. Le titre accordé est une résidence provisoire de deux ans.
Maintien du motif
Pendant ces deux ans, le bien reste détenu, le dépôt reste bloqué ou l'emploi reste effectif. C'est aussi la période où l'on obtient la cédula E, sans laquelle beaucoup de démarches courantes restent bloquées.
Passage à la permanence
On redépose le même dossier, à deux exceptions près : le casier judiciaire et les chèques certifiés ne sont pas redemandés. Autrement dit, les 1 050 USD de frais officiels ne se paient qu'une fois.
Conjoint et enfants
Les personnes à charge s'ajoutent au dossier principal, à condition de prouver des ressources de 1 000 USD par mois, majorées de 100 USD par dépendant. Un couple avec deux enfants doit donc justifier 1 200 USD mensuels, en plus du motif économique lui-même.
Prévoir pour chacun l'acte de naissance ou de mariage, apostillé en France puis traduit en espagnol. C'est le poste qui allonge le plus les délais dans les dossiers familiaux.
Frais officiels
- Chèque certifié au Tesoro Nacional250 USD
- Dépôt de rapatriement au Servicio Nacional de Migración800 USD
- Total des frais officiels1 050 USD
Les deux règlements se font par chèque certifié, ni en espèces ni par carte. Restent à la charge du demandeur les honoraires de l'avocat, les apostilles et les traductions assermentées, qui varient trop d'un cabinet à l'autre pour être chiffrés ici de façon honnête.
Cinq erreurs qui font échouer un dossier français
Confondre société immatriculée et activité économique
Un extrait du Registro Público prouve l'existence d'une coquille, pas d'une économie. Sans facturation, sans compte alimenté et sans contrepartie panaméenne, le dossier repose sur du vide.
Signer une promesse avant d'avoir un compte bancaire
L'ouverture d'un compte panaméen pour un non-résident prend du temps et se refuse sans explication. Engager 200 000 USD avant d'avoir un compte ouvert, c'est se mettre en dépendance d'un acteur qui ne s'est encore engagé à rien.
Acheter un bien non titré
Le droit de possession reste courant au Panama, notamment sur la côte et à la campagne. Ce n'est pas un titre de propriété, et une inscription au Registro Público reste la seule preuve exploitable devant Migración.
Sous-estimer la chaîne apostille, traduction, légalisation
Le casier judiciaire, les actes d'état civil et les preuves de revenus doivent être apostillés en France puis traduits en espagnol par un traducteur agréé au Panama. Chaque maillon a son propre délai, et un casier trop ancien se refait.
Traiter la fiscalité française après coup
Le visa ne dit rien de l'imposition. Partir sans avoir arbitré la sortie de résidence fiscale, la fermeture ou le maintien des placements français et la déclaration de départ, c'est déplacer le problème d'un an, pas le résoudre.
Questions fréquentes
Questions fréquentes sur le Friendly Nations Visa
La France figure-t-elle vraiment sur la liste des pays amis ?
Oui, la France est éligible. La réserve à connaître est que la liste des pays ne figure pas dans la fiche de conditions publiée par le Servicio Nacional de Migración : elle vit en annexe du décret. La confirmation disponible en accès libre vient de cabinets d'avocats panaméens, sur des pages non datées. Le réflexe utile est de faire confirmer l'éligibilité par écrit par l'avocat qui montera le dossier, avant d'engager le moindre virement.
Peut-on encore obtenir le visa avec une simple société panaméenne ?
Une société sans activité ne suffit plus. Le texte parle de motifs économiques, et une Sociedad Anónima immatriculée mais sans salarié, sans facturation et sans compte alimenté ne démontre rien. Une société reste utile comme véhicule, par exemple pour employer, mais elle n'est pas un motif à elle seule.
Le Friendly Nations donne-t-il la résidence permanente tout de suite ?
Non. Le dossier ouvre d'abord une résidence provisoire de deux ans. Le passage à la permanence se demande ensuite, en redéposant le même dossier, à l'exception du casier judiciaire et des chèques certifiés déjà versés.
Combien coûtent les frais officiels ?
Deux chèques certifiés : 250 USD à l'ordre du Tesoro Nacional et 800 USD à l'ordre du Servicio Nacional de Migración au titre du dépôt de rapatriement, soit 1 050 USD. Ni espèces ni carte bancaire. Ces montants ne couvrent ni les honoraires de l'avocat, ni les apostilles, ni les traductions assermentées.
Puis-je inclure mon conjoint et mes enfants ?
Oui, en apportant la preuve de 1 000 USD par mois de ressources, majorée de 100 USD par personne à charge, en plus des actes d'état civil apostillés et traduits en espagnol.
Le visa me fait-il sortir de la résidence fiscale française ?
Non, pas mécaniquement. Un titre de séjour panaméen ne dit rien de votre situation fiscale française, qui dépend de critères propres, notamment le foyer et le centre des intérêts économiques. C'est une question à traiter séparément, et à ne surtout pas régler après le déménagement.
Quel titre de résidence choisirLe diagnostic par profil, avant de se lancer dans un dossier.
Résidence par investissementL'autre voie patrimoniale, ses seuils et ses conditions de sortie.
La cédula E après le visaCe qui reste à faire une fois le titre obtenu.
Territorialité de l'impôt panaméenCe qui est imposé au Panama, et ce qui ne l'est pas.
Acheter un bien au PanamaTitre de propriété, droit de possession et vérifications.
S'expatrier au PanamaLa checklist d'installation, du départ aux premiers mois.