
Travailler au Panama : le visa Remote Workers, un sas de 18 mois
Télétravailler depuis le Panama pour des clients étrangers a un cadre légal depuis 2021. Il est plus court, plus fermé et beaucoup moins fiscal que ce qu'en disent la plupart des sources francophones.
La requête « travailler au Panama » mélange deux projets qui n'ont presque rien en commun. Le premier consiste à occuper un poste dans une entreprise panaméenne, avec un contrat local et un salaire local. Le second consiste à conserver ses clients ou son employeur à l'étranger et à déplacer simplement son bureau. Le premier se heurte à un marché du travail protégé. Le second dispose depuis 2021 d'un visa fait pour lui.
Le texte qui gouverne ce visa est le Decreto Ejecutivo 198 du 7 mai 2021, publié à la Gaceta Oficial Digital 29290-A du 20 mai 2021. Il pose deux seuils de revenu et non un seul, il classe le titulaire parmi les non-résidents, et il ne dit pas un mot d'impôt. Trois faits que la plupart des pages françaises rendent mal, quand elles ne les inversent pas.
Travailler pour le Panama, ou travailler depuis le Panama
Le marché du travail panaméen est réservé par la loi. Une entreprise ne peut employer qu'une proportion limitée de travailleurs étrangers, 10 % de son effectif en régime ordinaire et 15 % pour les postes de spécialistes ou de techniciens. Le permis se demande au ministère du Travail, il est adossé à un employeur précis et il tombe avec le contrat. Autrement dit, la démarche ne dépend pas de vous mais de la structure d'effectif de celui qui recrute, et plusieurs professions réglementées restent fermées aux étrangers.

Le télétravail pour l'étranger inverse complètement la logique. Aucun quota, aucun employeur panaméen à convaincre, aucune concurrence avec un candidat local, puisque le revenu entre dans le pays au lieu d'y être prélevé. C'est ce que le décret 198 organise, en créant un visa de courte durée pour travailleur à distance. Si vous hésitez encore entre les deux chemins, le diagnostic par profil de revenu replace ce visa parmi les cinq titres réellement accessibles à un Français.
Ce que dit le décret 198, et rien de plus
Le texte est court, dix articles, et il tient dans une logique unique : autoriser un séjour, à condition qu'il ne se transforme pas en installation. Tout le reste découle de là, y compris les limites qui déçoivent le plus les candidats.
| Paramètre | Ce que fixe le décret | Conséquence pratique |
|---|---|---|
| Durée | 9 mois, prorogeable une seule fois | 18 mois au total, sans exception prévue |
| Revenu annuel | 36 000 USD | Justifié par la lettre de l'employeur ou les contrats |
| Revenu mensuel | 3 000 USD | Second seuil cumulatif, presque toujours omis ailleurs |
| Catégorie | No Residente | Aucune cédula E, aucune voie vers la permanence |
| Employeur | Hors du Panama uniquement | Déclaration sous serment dédiée dans le dossier |
| Santé | Assurance couvrant le Panama | Sur toute la durée, rapatriement inclus |
| Frais | 250 USD de dossier et 50 USD de carné | Pas de dépôt de rapatriement de 800 USD |
Deux seuils de revenu, pas un
La plupart des articles français retiennent le seul chiffre annuel de 36 000 USD. Le décret en exige un second, au numéral consacré à la lettre de l'employeur : 3 000 USD par mois. Les deux ne disent pas la même chose. Un consultant qui encaisse 40 000 USD sur quatre gros mois franchit le seuil annuel et rate le seuil mensuel, ce qui affaiblit un dossier dont toute la logique repose sur la régularité du flux entrant.
Autre chiffre à écarter avant qu'il ne vous coûte des honoraires : le montant de 48 000 USD parfois présenté comme le seuil applicable à une famille ne figure nulle part dans le décret. Nous ne l'avons trouvé dans aucune source officielle, et nous préférons dire qu'il n'existe pas plutôt que de le recopier avec une réserve.
Ce que la catégorie No Residente vous retire
Le décret range ce visa parmi les non-résidents, avec une formule qui décide de tout : il est accordé sin ánimo de establecer su residencia en Panamá, sans intention d'établir sa résidence au Panama. De cette formule découlent deux absences que beaucoup découvrent trop tard.

Absence de cédula E d'abord, puisque ce document est le numéro d'identité des résidents étrangers. Sans elle, l'ouverture d'un compte bancaire local devient très difficile, le bail à son nom se négocie mal et le permis de conduire panaméen reste fermé. Notre page sur la cédula E et ce qu'elle débloque détaille cette dépendance. Absence de passerelle vers la permanence ensuite : les dix-huit mois ne comptent pas et ne se convertissent pas, il faudra repartir d'un dossier neuf.
Le dossier, pièce par pièce
La liste ressemble à celle de n'importe quel dossier migratoire panaméen, à deux pièces près qui n'existent que pour ce visa.
Lettre de l'employeur ou contrats clients
Elle porte les deux seuils à la fois, 36 000 USD par an et 3 000 USD par mois, et précise que les fonctions produisent leurs effets hors du Panama.
Déclaration sous serment dédiée
Engagement écrit de ne travailler pour aucune entreprise panaméenne pendant la durée du séjour. C'est une pièce distincte, pas une case à cocher.
Assurance santé couvrant le Panama
Pour toute la durée du séjour, assortie d'un engagement de prise en charge du rapatriement. Une carte européenne ou une mutuelle française seule ne suffit pas.
Passeport et casier judiciaire
Le socle commun à tous les dossiers migratoires panaméens, avec les traductions et légalisations demandées par Migración.
250 USD de frais de dossier
Payables au Servicio Nacional de Migración. Le Remote Worker échappe au dépôt de rapatriement de 800 USD que supportent les titres de résident.
50 USD de carné
Le document remis en fin de procédure. Ce n'est pas une cédula E : il ne sert ni à ouvrir un compte, ni à signer un bail dans de bonnes conditions.
L'assurance est le point où les candidats français perdent le plus de temps. Le décret exige une couverture valable au Panama pendant toute la durée du séjour, avec prise en charge du rapatriement. Une mutuelle française ne couvre pas hors de France, et un contrat voyage classique s'arrête souvent à quatre-vingt-dix jours, soit précisément la durée que ce visa sert à dépasser. Il faut donc un contrat expatrié ou nomade, souscrit avant le dépôt.
Deux erreurs répandues, à corriger avant d'aller plus loin
Erreur 1
« Le visa exonère d'impôt au Panama »
Le décret 198 compte dix articles et n'emploie à aucun moment les mots impôt, revenu, fiscal, ni le sigle de la DGI. Son fondement est exclusivement migratoire. Les 36 000 USD et les 3 000 USD sont des conditions d'éligibilité destinées à prouver qu'un candidat subvient à ses besoins, pas une qualification fiscale et encore moins une exonération. Aucun texte fiscal panaméen ne prévoit de régime particulier pour les titulaires de ce visa.
Erreur 2
« Le statut repose sur la Ley 285 de 2022 »
Plusieurs sources, y compris des pages de cabinets, citent cette loi comme fondement du statut de travailleur à distance. Elle n'a strictement aucun rapport : la Ley 285 de 2022 crée le système de garanties et de protection intégrale des droits de l'enfance et de l'adolescence. Le seul texte opposable reste le décret 198 du 7 mai 2021. Une source qui se trompe de fondement juridique se trompe généralement aussi sur les seuils.
Le piège fiscal du télétravailleur français
L'argument qui circule le plus est aussi le plus fragile : le Panama pratiquerait la territorialité, donc un freelance installé sur place ne serait imposé nulle part. Le raisonnement casse à deux endroits, et il vaut mieux le savoir avant de résilier un bail en France.
Premier point, la territorialité exonère les revenus qui ne sont pas produits au Panama, ce qui n'est pas la même chose que les revenus payés depuis l'étranger. Un service rendu physiquement depuis le territoire peut être considéré comme de source panaméenne, même si le client se trouve à Paris. Le droit panaméen a d'ailleurs prévu le cas des rémunérations venues de l'extérieur et versées à des personnes établies au Panama. Nous détaillons ce mécanisme, ses textes et ses limites dans notre analyse de la territorialité de l'impôt panaméen.
Second point, propre à ce visa et rarement relevé : il relève par construction des non-résidents. Il ne confère donc pas la résidence fiscale panaméenne, ce qui rend l'argument de la territorialité largement sans objet pour ses titulaires. On ne peut pas se prévaloir d'un régime réservé aux contribuables d'un pays tout en détenant un titre qui affirme l'absence d'intention d'y résider.
Reste la France, qui ne relâche pas sa prise sur un simple changement d'adresse. Le foyer, le lieu de séjour principal, l'activité professionnelle et le centre des intérêts économiques continuent de jouer, et un visa de dix-huit mois non renouvelable est un argument faible pour démontrer une installation durable ailleurs. Les critères de départage et la manière dont ils s'articulent avec le texte bilatéral sont traités dans notre page sur la convention fiscale franco-panaméenne.
Un dernier repère chiffré, utile si votre activité venait à être regardée comme de source locale : le barème panaméen de l'impôt sur le revenu exonère jusqu'à 11 000 USD, applique 15 % entre 11 000 et 50 000, puis 25 % au-delà. Le seuil d'assujettissement à la TVA locale se déclenche quant à lui à 3 000 USD par mois ou 36 000 USD par an, exactement les montants exigés par le visa. La coïncidence n'a aucune portée juridique, mais elle mérite d'être vue en face plutôt que découverte.
Un sas de test, à condition de le traiter comme tel
Pris pour une installation, ce visa déçoit toujours. Pris pour une période d'essai bornée à dix-huit mois, il rend un vrai service. La trajectoire qui tient ressemble à ceci, et chaque phase a son moment de décision.
- Phase 1
90 jours en touriste
Un passeport français entre sans visa, avec une preuve de fonds de 500 USD et un billet de sortie. Assez pour éprouver un quartier, une connexion et un décalage horaire de travail. Aucun dossier à monter, aucun honoraire engagé.
- Phase 2
Remote Workers, 9 mois
Le séjour devient légal au-delà du tourisme et le travail à distance sort de la zone grise. C'est la phase où l'on vérifie que la vie sur place tient sur douze mois, pas sur trois semaines de saison sèche.
- Phase 3
La prorogation, une seule fois
Neuf mois de plus, et le compteur s'arrête là. Dix-huit mois au total, sans exception prévue par le décret. La décision de rester ou de partir se prépare pendant cette seconde période, pas à la fin.
- Phase 4
Bascule ou sortie
Friendly Nations si un lien économique réel existe, solvabilité économique propre si le capital suit, sinon le départ. Aucun de ces dossiers ne se monte en trois semaines, d'où l'intérêt de l'ouvrir au douzième mois.
La bascule la plus fréquente pour un actif français est le Friendly Nations Visa, dont la France est l'un des pays éligibles. Depuis la réforme, il ne s'obtient plus sur une société coquille : il faut un lien économique réel, contrat de travail local, société active, bien immobilier titré ou dépôt à terme. C'est un montage qui se prépare, et les dix-huit mois du Remote Workers sont précisément la fenêtre pour le faire, avec une adresse sur place, un avocat déjà rencontré et une idée claire de la ville où l'on veut poser son capital.
Où poser son bureau pendant l'essai
La période d'essai sert d'abord à trancher le lieu. Panama City concentre la fibre, les espaces partagés, les vols directs et les banques, au prix d'un coût du logement sans commune mesure avec le reste du pays. Notre guide sur vivre à Panama City détaille quartier par quartier ce que cela implique au quotidien.

Les hautes terres de Chiriquí offrent l'inverse : un climat tempéré, des loyers plus doux, une communauté d'expatriés déjà installée, et une connexion plus incertaine qu'en ville. Neuf mois suffisent à savoir de quel côté vous penchez, à condition de tester en saison des pluies et pas seulement en février. Pour caler un budget réaliste avant de partir, notre analyse du coût de la vie au Panama donne les ordres de grandeur poste par poste.
Le calendrier à ne pas rater
L'erreur la plus coûteuse ne concerne ni les seuils ni les pièces, elle concerne le tempo. Un titulaire qui attend le seizième mois pour envisager la suite se retrouve à monter un dossier de résidence dans l'urgence, avec des documents français à faire apostiller depuis l'étranger et une échéance non extensible en face.

La prorogation se prépare avant la fin du neuvième mois, et le choix du titre suivant au douzième. Pas au dix-septième. À défaut, le seul plan de repli est le retour au séjour touristique de 90 jours, avec ce que cela suppose de renoncement : pas de compte bancaire, pas de bail à son nom, pas de couverture santé locale.
Questions fréquentes
Questions fréquentes sur le visa Remote Workers
Le visa Remote Workers donne-t-il droit à la cédula E ?
Non. Le décret 198 classe ce visa dans la catégorie des non-résidents, avec la mention explicite qu'il est délivré sans intention d'établir sa résidence au Panama. Le document remis est un carné de 50 USD, pas une cédula E. Sans cédula, l'ouverture de compte bancaire, le bail à son nom et le permis de conduire local restent hors de portée.
Peut-on passer du Remote Workers à la résidence permanente ?
Il n'existe aucune passerelle. Le titre ne comptabilise pas de temps de séjour valorisable pour une permanence et ne se transforme pas. Au terme des dix-huit mois, il faut déposer un dossier entièrement nouveau, en général Friendly Nations ou une catégorie de solvabilité économique propre, avec les pièces et les seuils propres à cette catégorie.
Quel revenu faut-il justifier exactement ?
Deux seuils cumulatifs, et le second est presque toujours omis par les sources francophones : 36 000 USD de revenu annuel, et 3 000 USD de revenu mensuel attestés par la lettre de l'employeur. Un revenu très irrégulier qui atteint le total annuel sans tenir le rythme mensuel fragilise le dossier. Le seuil de 48 000 USD parfois cité pour une famille ne figure nulle part dans le décret.
Ce visa exonère-t-il d'impôt au Panama ?
Non. Le décret 198 compte dix articles et aucun ne mentionne l'impôt, le revenu, la fiscalité ni la DGI. Son fondement est purement migratoire. Les seuils de revenu sont des conditions d'éligibilité au visa, pas une qualification fiscale, et le statut de non-résident ne confère pas la résidence fiscale panaméenne.
Peut-on travailler pour un client panaméen avec ce visa ?
Non, et l'interdiction est verrouillée par une déclaration sous serment dédiée déposée avec le dossier. Les fonctions exercées doivent produire leurs effets à l'étranger. Facturer une entreprise panaméenne, même ponctuellement, contredit directement la déclaration signée.
Faut-il rester au Panama pendant les neuf mois ?
Le décret fixe une durée de séjour autorisée, pas une obligation de présence continue. En revanche, les jours passés sur le territoire comptent pour d'autres règles, notamment celles qui déterminent la résidence fiscale d'un côté comme de l'autre. C'est ce calendrier, plus que le visa, qui mérite d'être tenu à jour.
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